Green IT : canicule record cet été. Et si votre infrastructure digitale en était partiellement responsable ?

Cet été, des records de chaleur ont été battus sur plusieurs continents. Des villes paralysées par des températures inédites. Des forêts qui brûlent. Des populations qui souffrent. Et partout, la même question qui revient : qu’est-ce qui nous a conduits là, et qui est responsable ?

On parle beaucoup des transports, de l’industrie lourde, de l’agriculture. On parle beaucoup moins d’une industrie qui consomme de l’énergie en silence, sans interruption, invisible dans son impact mais massive dans sa réalité : le numérique.

Le secteur digital représente aujourd’hui 4% des émissions mondiales de CO2. C’est autant que l’aviation civile mondiale. Et ce chiffre est en forte croissance, porté par l’essor de l’intelligence artificielle, du cloud, du streaming et de la 5G. Chez Datafrica Consulting, nous accompagnons des organisations dans leur transformation digitale. Et nous pensons que cette transformation ne peut plus ignorer sa dimension environnementale. C’est précisément ce que cet article explore.

Les chiffres que l’industrie tech préfère ne pas afficher

Pour comprendre l’ampleur du problème, il faut d’abord mettre des chiffres sur des réalités que l’on perçoit mal.

Le secteur numérique dans son ensemble, incluant les terminaux, les réseaux et les data centers, est responsable de 4% des émissions mondiales de gaz à effet de serre selon les estimations du cabinet The Shift Project. Ce chiffre, déjà significatif, est en train de doubler tous les 15 ans sous l’effet de la croissance exponentielle des usages digitaux.

Un data center de taille moyenne consomme autant d’électricité qu’une ville de 50 000 habitants. Les plus grands data centers du monde, ceux qui hébergent les services cloud des géants technologiques, consomment des quantités d’énergie comparables à celles de petits pays. Et leur nombre augmente chaque année.

Une heure de visioconférence émet entre 150 et 1 000 grammes de CO2 selon que la vidéo est activée ou non. Un email avec une pièce jointe volumineuse émet plusieurs dizaines de grammes. Multipliés par les milliards d’interactions numériques qui ont lieu chaque jour dans le monde, ces chiffres deviennent vertigineux.

L’entraînement d’un grand modèle d’IA comme GPT-4 consomme, selon les estimations disponibles, autant d’énergie que 500 vols aller-retour Paris-New York. Et ce n’est que l’entraînement initial. Chaque requête soumise à ces modèles consomme également de l’énergie, à une échelle qui se mesure en milliards de requêtes par jour à l’échelle mondiale.

Pourquoi l’IA aggrave significativement la situation

L’intelligence artificielle est l’une des technologies les plus prometteuses de notre époque. Elle optimise des chaînes logistiques, améliore les diagnostics médicaux, accélère la recherche scientifique. Mais elle a un coût environnemental que l’industrie tech reconnaît encore trop timidement.

La demande en puissance de calcul nécessaire à l’entraînement et au déploiement des modèles d’IA a été multipliée par 300 000 entre 2012 et 2022 selon OpenAI elle-même. Cette croissance vertigineuse se traduit directement en consommation énergétique et en émissions de CO2.

Les data centers qui hébergent ces modèles nécessitent également des systèmes de refroidissement intensifs pour éviter la surchauffe des serveurs. En période de canicule, ces systèmes consomment encore davantage d’énergie, créant un cercle vicieux particulièrement préoccupant : plus il fait chaud, plus les data centers consomment pour se refroidir, et plus ils contribuent au réchauffement climatique.

Microsoft, Google et Amazon ont tous annoncé des objectifs ambitieux de neutralité carbone. Mais ces mêmes entreprises ont vu leurs émissions augmenter significativement ces dernières années, précisément à cause de la croissance de leurs activités IA et cloud. L’intention est là. La réalité des chiffres reste préoccupante.

Les décisions IT qui influencent réellement votre empreinte environnementale

Le Green IT n’est pas un sujet réservé aux grandes entreprises tech ou aux militants environnementaux. C’est un sujet qui concerne toute organisation qui utilise des outils digitaux, ce qui signifie aujourd’hui pratiquement toutes les organisations sans exception.

Pour un DSI ou un responsable infrastructure, plusieurs questions concrètes méritent d’être posées dès maintenant. La première concerne l’hébergement. Où sont physiquement vos serveurs ? Quelle est la source d’énergie du data center qui les héberge ? Un data center alimenté par des énergies renouvelables n’a pas du tout le même impact qu’un data center alimenté au charbon. Ce critère est rarement intégré dans les appels d’offres IT. Il devrait l’être systématiquement.

La deuxième question concerne la mesure. Avez-vous une idée de l’empreinte carbone réelle de votre stack technologique ? La plupart des organisations ne l’ont pas calculée. Ce qui n’est pas mesuré ne peut pas être réduit. Des outils existent aujourd’hui pour réaliser cet audit, et leur coût est sans commune mesure avec la valeur stratégique de l’information qu’ils produisent.

La troisième question touche aux achats IT. Vos politiques d’achat de matériel informatique intègrent-elles des critères environnementaux ? La durée de vie des équipements, leur consommation énergétique, leur réparabilité et les conditions de leur recyclage sont des dimensions qui ont un impact environnemental direct et qui peuvent être intégrées dans vos processus d’achat sans coût supplémentaire significatif.

La quatrième question concerne spécifiquement les projets IA. Avez-vous évalué le coût carbone de vos projets d’intelligence artificielle en cours ou en développement ? Le choix du modèle, de l’infrastructure d’entraînement et de déploiement, et de la fréquence des réentraînements a un impact environnemental qui peut varier du simple au centuple selon les décisions prises.

Le Green IT comme avantage stratégique

Il serait réducteur de ne voir dans le Green IT qu’une contrainte supplémentaire imposée aux organisations. C’est aussi, et peut-être surtout, une opportunité stratégique pour celles qui savent la saisir.

La réglementation va dans ce sens. En Europe, la directive sur le reporting de durabilité des entreprises (CSRD) impose depuis 2024 à un nombre croissant d’organisations de publier des données détaillées sur leur impact environnemental, incluant leur empreinte numérique. En Afrique, les cadres réglementaires évoluent dans la même direction, portés par les engagements climatiques des États et les exigences croissantes des partenaires internationaux.

Les clients et les partenaires évoluent aussi. De plus en plus d’appels d’offres, notamment dans le secteur public et les grandes entreprises, intègrent des critères environnementaux dans l’évaluation des prestataires. Une organisation qui peut démontrer une politique Green IT crédible dispose d’un avantage différenciant réel dans ces processus.

Enfin, le Green IT génère souvent des économies directes. Optimiser la consommation énergétique de ses infrastructures, allonger la durée de vie de ses équipements, rationaliser ses usages cloud. Ces démarches réduisent l’empreinte carbone et les coûts opérationnels simultanément. C’est l’un des rares domaines où impact environnemental positif et performance économique vont naturellement dans le même sens.

Par où commencer concrètement

Intégrer une démarche Green IT dans son organisation ne nécessite pas de tout révolutionner du jour au lendemain. Voici une approche progressive et réaliste.

La première étape est la mesure. Avant toute chose, il faut évaluer l’empreinte carbone numérique actuelle de l’organisation. Des outils comme le Bilan Carbone numérique ou des prestataires spécialisés peuvent accompagner cette démarche. Cette mesure initiale servira de point de référence pour tous les efforts futurs.

La deuxième étape est la priorisation. Tous les postes de consommation ne se valent pas. Les data centers et l’hébergement représentent généralement la part la plus importante de l’empreinte numérique d’une organisation. C’est là que les gains potentiels sont les plus significatifs et que les efforts doivent se concentrer en priorité.

La troisième étape est l’intégration dans la gouvernance. Le Green IT ne peut pas rester un projet isolé porté par une équipe technique. Il doit être intégré dans la stratégie globale de l’organisation, avec des objectifs mesurables, des responsabilités clairement définies et un reporting régulier au niveau de la direction.

La quatrième étape est la sensibilisation des équipes. L’empreinte numérique d’une organisation est en grande partie le résultat de milliers de petites décisions individuelles prises chaque jour par ses collaborateurs. Former et sensibiliser les équipes aux gestes numériques responsables est un investissement à faible coût et à fort impact cumulatif.

Conclusion

La canicule que nous vivons cet été n’est pas déconnectée du monde digital dans lequel nous évoluons. Le lien est indirect, diffus, mais réel et documenté. Et il va s’intensifier à mesure que nos usages numériques continuent de croître.

Ce n’est pas un procès contre la technologie. La tech reste l’un des leviers les plus puissants pour résoudre la crise climatique. Mais il y a une contradiction que l’industrie ne peut plus ignorer : on ne peut pas prétendre construire un monde meilleur avec des outils qui contribuent à le dégrader.

La prochaine vague de transformation digitale ne sera pas seulement rapide et intelligente. Elle devra aussi être responsable. Et les organisations qui intègrent cette dimension dès aujourd’hui dans leur stratégie ne feront pas que contribuer à un monde meilleur. Elles prendront une longueur d’avance sur celles qui attendront d’y être contraintes.

Chez Datafrica Consulting, nous accompagnons les organisations dans une transformation digitale qui intègre les enjeux de performance, de responsabilité et de durabilité. Contactez-nous pour en discuter.